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Jan Fabre intervient au Louvre, dans les salles des peintures des écoles du Nord. Quel est le lien entre l'artiste contemporain
de renomée internationale, et la peinture du Nord du 15ième au 18ième siècle ? Cet événement nous fait-il porter un regard nouveau sur cette peinture ?
L'artiste est né à Anvers en 1958. Il est véritablement découvert grâce à sa série Bic Art (d'immenses toiles recouvertes de bic
bleu en trame). Il réalise des vidéo performances, dans lesquelles il se met en scène à travers des chorégraphies, des costumes de chevalier, des rituels guerriers. Ses installations intègrent
toujours la présence ou l'absence de l'homme et/ou de l'animal.
L'ange de la métamorphose
« L'artiste incarne selon Jan Fabre L'ange de la métamorphose qui, par la transformation de la matière ou de la chair en oeuvre d'art, crée de la
transcendance. »
Les matérieaux sont utilisés pour leur propriétés visuelles et symboliques. Jan Fabre crée des textures avec le scarabée, qui renvoit une lumière et surtout une
couleur différente selon son inclinaison. Un globe fait de scarabées renvoie une image bien différente selon l'emplacement du spectateur. Avec les scarabés, il créera des textures, des colonnes
vertébrales, une pièce de viande. Avec les punaises il construit une surface scuplturale et visuelle qui réfléchit la lumière, tout en nous laissant voir à travers une certaine épaisseur de
surface. Avec ses armures il projette l'image de l'homme, mais aussi sa propre image.
On remarque d'ailleurs qu'il manipule beaucoup de matériaux organiques. Les os, les scarabés, les têtes de hiboux, les agneaux, les oiseaux ou les rats empaillés
sont utilisés à répétition. Si les animaux sont particulièrement présents dans l'oeuvre de Jan Fabre, ne sont-ils pas des caricatures, ou du moins des échos d'une présence humaine ? Les
messagers de la mort décapités est une oeuvre mettant en situation des têtes de hiboux dont les yeux sont des prothèses humaines en verre. Dans la salle de Van Dyck, ils deviennent le reflet
des grands nobles, bourgeois, et du roi d'Angleterre, qui s'exposent dans leur plus beaux vêtements faits de fourrure, d'accessoires, de collants, de plumeaux. Le caractère distingué du hibou,
mais non moins précieux, est bien ici le plagiat de l'humanité.
Enfance, jeu et onirisme.
La volonté de marquer la présence humaine, et de l'accompagner de symboles plus ou moins religieux (croix, globes, agneaux,..) nous montre bien la proximité entre
Jan Fabre et les peintures nordiques. Mais il est cépendant vrai que l'artiste se sert aussi de 3 thèmes qui articulent son travail : le jeu, l'enfance et
l'onirisme.
Le Petit Bagarreur représente l'artiste enfant, recouvert de punaises, dans une position
de combat à main nue. Ses points renferment des bouts de sucre, utilisés pour affecter la plaie de l'adversaire. On comprend ici que le jeu est directement lié à l'enfance. Dans
Lancelot, une de ses performances vidéos, il endosse l'armure d'un chevalier pour combattre un ennemi invisible. Il ne joue pas qu'au chevalier :
Champs de stratégie est une maquette de carte en 3 dimensions, faite avec de la cire, dans laquelle les scarabées
forment des troupes en rang, et se battent dans 2 camps adverses. L'artiste et le spectateur prennent la place de stratèges organisant une guerre sainte entre
coléoptères.
Si dans ces 3 éxemple le jeu est un éxercice mental, il peut aussi être un symbole de
communauté. L'art n'est pas solitaire est une maquette de bateau, entouré d'une piste d'athlétisme, dans lequel on trouve un ballon miniature, des munitions, etc.
L'onirisme est présenté dans une forme qui rappelle celle des oeuvres surréalistes. L'association d'objets a priori étrangers les uns aux autres, est récurrente dans
son oeuvre. La réincarnation de Giovanni Arnolfini, en écho aux époux Arnolfini (1434) de Jan Van Eyck, est une armure sur pieds en boits, mocassins, tête en scarabés formant un masque, colonne vertébrale et tissu. Cette figure semble totalement sortir d'un
rêve.
Onirisme, qui semble appartenir au domaine du rêve (par son caractère d'irréalité, d'étrangeté, de poésie).
Ces 3 thèmes sont assez étrangers au peintures du nord, en général. Néanmoins, le caractère sobre, sollennel et mélancolique des regards dans les portraits depuis
Jan Van Eyck laisse entrevoir cette perspective onirique. Il ne fait pas de doute que Jan Fabre a bien réussi à transformer tout le 2ième étage de l'aile Richelieu du Louvre en un espace étrange,
inquiétant, et certainement pas sans lien avec les grands maîtres conservés.
Meradi Omar 216373
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